vendredi 8 février 2008

L'archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams fait la faute

Tollé en Grande-Bretagne après les déclarations de l'archevêque de Cantorbéry sur la charia
Les déclarations de l'archevêque de Cantorbéry Rowan Williams jugeant "inévitable" l'adoption en Grande-Bretagne de certains aspects de la charia, la loi islamique, ont suscité un énorme tollé vendredi dans le pays.
Rowan Williams, chef de file de l'église anglicane du Royaume-Uni, a estimé jeudi dans une interview à la BBC que certains aspects de la charia pouvaient être intégrés dans l'actuel système juridique britannique, notamment en matière de mariage ou de litiges financiers. Il n'a pas fourni de plus amples précisions, mais estimé qu'un tel processus était "inévitable".
La charia est un vaste ensemble de règles de conduite, qui a évolué au cours des siècles et est sujet à des interprétations diverses selon les pays. Elle contient des prescriptions relatives à de nombreux aspects de la vie humaine, politique, religieuse, sociale ou privée.
Les tabloïds, à commencer par "The Sun", principal tirage de la presse quotidienne britannique, ont réagi avec véhémence, publiant les photos de personnes décapitées en vertu de la charia, ou des images des attentats de 2005 à Londres. Un éditorial du "Sun" a qualifié Mgr Williams de "dangereuse menace pour notre nation". Pour le journal, les "divagations stupides" de l'archevêque vont montrer aux terroristes que "notre détermination à lutter contre l'extrémisme s'affaiblit".
Catherine Heseltine, porte-parole de la Commission des affaires publiques musulmanes de Grande-Bretagne, a déploré des réactions confinant à "l'hystérie". "Les gens entendent le mot charia et pensent aux décapitations des talibans", considèrent "qu'on essaie d'imposer quelque chose à la Grande-Bretagne", analyse-t-elle.
En fait, a poursuivi la porte-parole, les changements souhaités par Mgr Williams ne constituent pas une priorité pour les musulmans britanniques. Pour la plupart d'entre eux, la charia concerne avant tout les lois alimentaires de l'islam, la préparation de la viande halal et la façon de célébrer les mariages.
"Des communautés musulmanes prospèrent en Grande-Bretagne depuis des années sans aucune introduction de la charia", a noté Mme Heseltine. "Nous sommes citoyens britanniques, nous respectons les lois britanniques et nous voulons faire comprendre aux gens qu'ils ne doivent pas s'inquiéter de ça", a-t-elle ajouté.
Mohammed Shafiq, directeur de la Fondation Ramadhan, a lui souligné que les réactions de la presse britannique se concentraient sur des formes extrêmes de la charia. On "tente de diaboliser l'islam", a-t-il regretté.
L'écrivain William Dalrymple, auteur de nombreux ouvrages et articles sur les tensions religieuses au Proche-Orient, trouve "particulièrement stupide" qu'on "donne une nouvelle occasion aux contempteurs de l'islam dans les tabloïds de continuer à diffuser de la propagande anti musulmane".
Anthony O'Mahony, directeur de recherche au Heythrop College de Londres, remarque que l'introduction, même restreinte, de la charia soulèverait des problèmes juridiques, en instituant des systèmes légaux différents en Grande-Bretagne. "On a mis en Europe quelques centaines d'années à passer à un système unitaire avec les mêmes droits pour chacun, alors évoluer vers ça est une question politique de taille", a-t-il conclu.

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