Comment vous sentez-vous au lendemain de votre défaite?C'est une débâcle humiliante, la presse le dit partout, et elle a raison. Cette élection a été une véritable épreuve. D'autant que cette défaite m'a été infligée par mon propre camp. J'ai vécu une campagne faite d'injures, d'insultes, de coups bas. François Lebel, le candidat dissident est devenu le candidat officiel. Il y avait le sigle UMP partout sur les bulletins de votes. De bonne foi, comment voulez-vous que l'électeur comprenne quelque chose? Lors de l'entre-deux-tours, Lebel a tenu un meeting, avec en soutien Claude Goasguen et Bernard Debré (respectivement réélus maire UMP du 16e et sur la liste UMP du 16e, Ndlr). C'est un assassinat politique en rase campagne, qui s'est fait dans un silence assourdissant du côté de l'UMP. On a choisi celui qui a épousé le président de la République (sic) et non celui qui a épousé les idées du président de la République.
Pourquoi votre camp aurait-il souhaité votre défaite?
Si je devenais maire du 8e arrondissement, je devenais un sérieux concurrent pour la suite. Cette cabale n'avait rien à voir avec la mairie du 8e arrondissement mais tout à voir avec l'avenir de la droite parisienne. C'était une campagne pour me dézinguer. On a beau avoir de l'expérience, le cuir un peu tanné, je n'avais jamais rien vécu de tel. Mes adversaires socialistes ne m'ont jamais donné de tels coups.
A qui en voulez-vous ?
J'ai évidemment un ressentiment à l'égard de la fédération de Paris de l'UMP mais aussi des responsables nationaux de l'UMP. Ce n'était pas la peine de m'investir dans le 8e arrondissement pour me faire subir cela après. Et il n'y a pas que des élus du 16e qui voulaient ma peau, certains viennent aussi du 15e (Philippe Goujon est maire du 15e et président de la fédération UMP de Paris, Ndlr). C'est une coalition de gens qui ne voulaient absolument pas me voir réussir.
N'est-ce pas aussi un peu la faute de Françoise de Panafieu ?
Je ne veux pas lui faire porter le chapeau, mais il est évident que depuis le début, elle a eu beaucoup de mal à contrôler les choses. Elle n'a pas réussi à tenir les 20 coéquipiers. Il y a un mois et demi, dans un meeting commun de l'UMP, Claude Goasguen a réussi à m'attaquer publiquement... Comment voulez-vous que les électeurs s'y retrouvent? Goasguen, Debré... Ce sont des incendiaires sur un champ de ruines. Ce qu'ils veulent, c'est continuer de perdre, au mépris du peuple de droite. Je les ai vus dimanche soir, ils avaient l'air contents. "Pas d'arrondissements perdus", ils sont satisfaits. Ils gardent leur poste, leur voiture de fonction, leurs avantages...
Quel est leur intérêt d'agir ainsi?
C'est la queue de comète du chiraquisme. Ce sont des caciques mus par leurs intérêts personnels, qui ont l'ambition de détruire toute compétition par les méthodes les plus viles. Jamais le débat ne s'est fait au niveau du projet mais bien au niveau des injures.
Pourquoi ne pas vous être présenté dans le 9e, là où l'UMP n'avait pas vraiment de candidat, comme vos meilleurs ennemis vous le demandaient ?
Je pensais qu'il fallait investir quelqu'un de l'arrondissement, qui habite, et connaît parfaitement le 9e. C'est le cas de Delphine Burkli. Ma volonté, c'est d'injecter des trentenaires pleins d'avenir comme elle. Pour ma part, je voulais le 8e arrondissement pour en faire une vitrine de quelque chose qui n'est pas Delanoë, amener un projet construit. C'était cohérent et la direction de l'UMP l'avait approuvé. Dans le 7e, le dissident a vite été balayé. Dans le 8e, il a été soutenu, encouragé, voire manipulé.
Qu'en est-il de votre avenir personnel au sein de l'UMP parisienne?
Ce qui est sûr c'est que je ne siégerai pas avec Claude Goasguen ou Bernard Debré. Je garde mon siège au Conseil de Paris et j'ai bien l'intention de siéger. C'était un meurtre organisé mais je suis encore debout. La seule différence désormais, c'est que je suis un homme libre, complètement libre. S'ils siègent à l'UMP, je ne siégerais pas à l'UMP, c'est très simple. Je n'ai rien à voir avec eux. Soit je suis en non-inscrit. Soit je fais un groupe avec des gens qui pensent comme moi, avec Delphine Burkli ou Jean-Marie Cavada, à qui l'on a fait vivre le même type d'épreuves que moi.
Vous être libre, qu'est-ce que cela vous autorise à dire ?
Nous avons à Paris la droite la plus bête du monde. La plus bête, la plus méchante et la plus suicidaire. Je vais tout dire désormais, ne plus rien m'interdire. Je suis triste pour Paris, triste pour le peuple de droite de Paris, à qui l'on n'a pas proposé de projet.
Bernard Debré prévoit un "éclatement" de l'UMP parisienne, Claude Goasguen estime qu'un "émiettement" de l'UMP est possible voire souhaitable pour reconstruire, qu'en pensez-vous? Quelqu'un possède-t-il le profil de rassembleur à l'UMP pour éviter cette issue ?
Ce sont des destructeurs... Il y a tellement de haines recuites entre les personnes, tellement d'incapacités d'accoucher d'un projet... Pour cette génération, la mienne, celle des quinquagénaires, il n'y a plus d'espoir de revenir au pouvoir. L'avenir, c'est la génération des trentenaires, celle des Delphine Burkli. D'ici là, il faut réussir à faire vivre cette petit flamme. Il faut reconstruire l'opposition, travailler sur un projet, implanter des candidats car il y a des arrondissements où l'on n'a plus personne, des jeunes capables d'incarner l'avenir. A vrai dire, ce n'est pas une question de présidence du groupe UMP dont il s'agit, c'est bien plus large, il faut tout reconstruire. Je ne prétends pas incarner l'avenir mais je prétends pouvoir animer une équipe capable d'être l'avenir de Paris, d'incarner la relève.
Gardez-vous un peu d'optimisme tout de même?
Ce sera un long chemin, un travail de longue haleine. A un moment, la gauche fera des erreurs, la relève viendra mais ça peut être dans 25 ans. Paris à le temps de décliner, de devenir une capitale touristique. Voilà ce qui m'attriste. Mais c'est la volonté de la droite, c'est la responsabilité de l'ensemble de l'équipe UMP, qui a laissé perdurer la situation.
(Source Rue 89)
Largement battu par François Lebel, le maire sortant du 8e arrondissement et candidat dissident de l'UMP dimanche, Pierre Lellouche a la gueule de bois des lendemains de défaites électorales sévères mais aussi une langue de vipère bien tranchante à l'encontre de ses anciens amis.
Après ce qu'il estime être un "assassinat" de son propre camp, monsieur Lellouche se considère comme un "homme libre". Qui tape fort surtout sur ses amis. Mauvais perdant ou pas !!!
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