L'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, jeudi soir face à cinq journalistes, a duré plus d'une heure trente. Mais le président de la République n'a pas mis plus de quelques minutes à donner le ton de son plaidoyer. Après avoir, comme il l'avait fait en candidat et répété dans ses premiers mois à l'Elysée, insisté sur les décennies d'échec qui ont précédé son avènement, sur ce "conservatisme", cet "immobilisme" qu'il faut combattre et le "changement" qu'il entend apporter, le chef de l'Etat a prévenu: hausse du pétrole, crise des subprimes, euro à "des niveaux invraisemblables" sont autant de facteurs qui entravent l'action de son gouvernement. Et sans doute lui-même est-il un peu "responsable" de la morosité ambiante, et il a d'ailleurs, plusieurs fois, reconnu ses "erreurs".
Ces quelques observations un peu fatalistes ouvraient une longue séquence sur l'économie et le pouvoir d'achat, principale préoccupation des Français actuellement, à en croire les sondages. Sur ce plan, le président de la République a eu un mérite, celui de ne pas varier d'un iota dans son discours. "J'ai été élu pour réhabiliter le travail", a-t-il de nouveau martelé, s'appuyant sur le bilan des heures supplémentaires exonérées, et péremptoire: "Le problème de la France, c'est qu'on ne travaille pas assez." Pour le reste, il a mentionné l'allocation adulte handicapé -qui a été augmentée- ou la hausse des prix "pas normale". Il a aussi défendu le bilan de son "paquet fiscal", dont le nom a d'ailleurs été "une erreur de communication totale", et souligné que les salaires "sont trop bas". Mais cela, c'est la faute des 35 heures, depuis lesquelles "il n'y a plus de négociations salariales", a-t-il dit. Le texte promis sur le conditionnement des allègements de charges à des négociations sera présenté, a-t-il promis, avant l'été, et le Revenu de solidarité active généralisé en 2009. Martin Hirsch a sans doute été heureux de l'apprendre...
Il y a eu, au final, peu ou prou d'annonces nouvelles. C'est donc la carte de la constance dans sa politique qu'a joué le chef de l'Etat. On ne peut lui en faire le reproche. Se disant conscient qu'il n'allait pas passer "cinq ans à commenter des sondages excellents", il garde le cap annoncé en mai dernier, lorsqu'il s'est installé au palais de l'Elysée. Reconnaissant qu'à l'issue de cette première année passée à l'Elysée, la vie des Français n'avaits pas été "assez" améliorée, il n'a eu de cesse de répéter, depuis que sa cote de popularité a accusé une baisse dramatique, qu'il souhaite être jugé à la fin de son mandat, et pas avant. S'il n'a pas forcément rassuré les Français, il s'est, au moins, montré cohérent.
Cela a été le cas sur plusieurs autres sujets. Fermeté sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, qu'il dit toujours refuser; position inchangée sur les prévisions de croissance -avec un l'objectif de faire aussi bien en 2008 qu'en 2007, quand bien même les analystes jugent cette perspective illusoire; fermeté encore sur les suppressions de postes dans la Fonction publique, parce que ce sont, justifie-t-il, les traitements et les retraites des fonctionnaires qui creusent le déficit. Fermeté, enfin, sur l'immigration, qu'il veut "choisie" plutôt que subie -donc économique, plutôt que familiale.
En commentant ce dernier dossier, le président de la République s'est par ailleurs fendu d'une pirouette, lançant aux salariés sans-papiers qui militent, en ce moment, pour leur régularisation qu'on ne pouvait pas "changer la loi chaque fois qu'il y a un coup médiatique organisé par une association". Une rhétorique bien éloignée de celle, pourtant récente, qui a conduit le gouvernement à légiférer plusieurs fois en réaction à de tragiques faits divers concernant des chiens dangereux ou des criminels récidivistes. L'opportunité de faire une loi dépend donc, aussi, de la nature du "coup" médiatique...
Ce revirement se pose comme un bémol à son discours, puisqu'il contredit une pratique éculée ces derniers mois. Là, sans doute, le chef de l'Etat a pêché jeudi soir. La constance a trouvé ses limites à plusieurs reprises. Outre les facteurs de difficultés économiques évoqués, il y eut la taille de la forêt colombienne, entrave à la libération d'Ingrid Betancourt. Il y eut la présidence française de l'Union européenne qui dictera clairement la position française lors des Jeux olympiques de Pékin, si la crise du Tibet n'est pas résolue. Il y eut l'ambiguïté sur les OGM, puisque le président ne veut pas trahir le "Grenelle", a activé la clause de sauvegarde, mais est favorable aux cultures d'OGM, et verrait sans doute d'un bon oeil que l'UE lui ôte cette épine du pied... Et il y eut l'absence de réponse sur sa pratique quasi-exclusive du pouvoir et sa perception par les électeurs.
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