dimanche 17 août 2008

Tunisie: Sarkozy toujours d'accord (beni oui oui)

C'est en "ami" que Nicolas Sarkozy est arrivé lundi après-midi en visite d'Etat en Tunisie. Un ami qui veut du bien à son hôte, et reçoit, en retour, quelques paraphes de premier ordre. Le président français, qui devrait notamment évoquer le projet d'Union de la Méditerranée avec son homologue Zine el Abidine Ben Ali, était attendu sur la question des droits de l'Homme. Plus petit des trois Etats du Maghreb, très lié à la France sur le plan économique, la Tunisie est le terreau d'une importante contestation. Nombre d'organisations de défense des libertés fondamentales condamnent régulièrement les atteintes aux personnes commises par le régime, au nom de la lutte contre le terrorisme et l'islamisme radical.
Mais à l'heure où la communauté internationale tente de mettre la pression sur la Chine en matière de droits de l'Homme, notamment en raison de la répression des émeutes au Tibet, Nicolas Sarkozy a largement ménagé la Tunisie. Pas de critiques, et même des félicitations. "Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse" en Tunisie, a-t-il dit lors d'un toast prononcé avant le dîner officiel. "Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons", a-t-il expliqué. Les nombreux militants qui avaient appelé le chef de l'Etat à user de son influence en sont vraisemblablement pour leurs frais. Et ce n'est pas la première fois. En Russie, il avait été largement séduit par Vladimir Poutine, qui l'avait quasiment réduit à un auditeur de leurs débats; en Chine, le chef de l'Etat a dépêché Jean-Pierre Raffarin pour arrondir les angles. En Tunisie, il a souligné que le pays pouvait "se comparer sans rougir à tant d'autres".

Etre l'égal des autres et, surtout, faire comme les autres. A savoir, signer, signer, signer. Car la colonne vertébrale des visites d'Etat de Nicolas Sarkozy, depuis qu'il est entré à l'Elysée il y a près d'un an, reste la signature d'accords et de contrats juteux. Sans surprise, les deux pays se sont donc entendus lundi sur un partenariat dans le domaine du nucléaire civil. Du même type que ceux signés avec la Libye, le Maroc et l'Algérie, il étend la coopération nucléaire à tous les aspects de son utilisation pacifique, jusqu'à la possible livraison d'une centrale. Un autre accord a été signé sur l'immigration, visant à faciliter la circulation des personnes, favoriser l'immigration "choisie" de Tunisiens ayant un "haut niveau" de compétence ou de lutter contre l'immigration clandestine. Mais ce sont surtout les fleurons industriels qui, une fois de plus, sortent vainqueurs de cette visite: Alstom a signé un contrat de 360 millions d'euros pour la construction d'une centrale thermique, alors qu'Airbus a conclu un contrat ferme portant sur 16 appareils avec Tunis Air, plus trois en option, pour un tarif catalogue d'un milliard d'euros. Cela vaut bien un toast...

Attendu sur les droits de l'Homme, Nicolas Sarkozy a pris les détracteurs de la Tunisie à contre-pied en félicitant son homologue Zine el Abidine Ben Ali pour les progrès enregistrés en la matière. Au premier jour de sa visite d'Etat, ce sont les signatures qui ont tenu la vedette: accords sur l'immigration et le nucléaire civil, contrats pour Alstom et Airbus.
Comme avec les chinois, Sarkozy n'hésite pas à renier les valeurs de liberté au bénéfice du business.

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