La junte militaire au pouvoir en Birmanie s'accroche à ses frontières. Elle l'a rappelé vendredi: aucun étranger n'est autorisé à pénétrer sur son sol. Les milliers de personnes jetées dans les rues après le passage du cyclone Nargis devront donc se débrouiller. Seuls les quelques humanitaires déjà présents dans le pays tentent d'acheminer l'aide. Mais les régions sinistrées sont toujours difficiles d'accès.
Et dans sa volonté de contrôle, la junte est allée encore plus loin. Selon le directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) pour l'Asie, Tony Banburry, les militaires se sont emparés des denrées alimentaires - dont 38 tonnes de biscuits énergétiques censés nourrir près de 100 000 sinistrés - et des équipements d'aide acheminés par avion par le Programme alimentaire mondial (PAM).
Un peu plus tard, le porte-parole du PAM, Paul Risley, a estimé que cette aide avait été "confisquée" par les militaires. Conséquence immédiate: l'agence onusienne a ordonné la suspension de toute aide supplémentaire en attendant d'avoir des explications. "Nous allons devoir suspendre notre mini-pont aérien jusqu'à ce que nous obtenions des garanties des autorités", a ainsi annoncé sur CNN Tony Banburry. Des garanties visiblement obtenu quelques heures plus tard: vendredi en fin d'après-midi, le PAM a annoncé la reprise de ses vols samedi, sans plus de précisions.
De son côté, la junte a évoqué des "accusations sans fondement". Le porte-parole du gouvernement, Ye Htut, a expliqué que le gouvernement s'était simplement emparé de l'aide acheminée par le PAM afin que "sa propre main d'oeuvre" la distribue "sans retard" dans les zones sinistrées. Et d'écarter l'hypothèse d'une "saisie obligatoire".
Quiproquo ou véritable blocage imposé par les militaires ? La question demeure. Reste qu'en attendant, la situation sur le terrain empire. Le dernier bilan officiel fait état de 23 000 morts et 42 000 disparus. Mais selon l'ambassadeur britannique en poste à Rangoun, Mark Canning, le nombre des morts et des disparus se situe entre 63 000 et 100 000. Le bilan pourrait bien s'alourdir. "Ces chiffres pourraient augmenter de manière vraiment dramatique car nous savons aussi qu'entre 1,2 et 1,9 million de personnes sont actuellement vulnérables", a-t-il ainsi déclaré. Des dizaines de milliers de personnes sont en effet toujours sans-abri et les épidémies menacent, alors que l'eau n'a que partiellement quitté les rues du pays.
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