lundi 17 novembre 2008

USA : Paulson dans les choux

Aider le citoyen lambda plutôt qu'assainir les bilans insaisissables des grandes institutions bancaires. C'est le pari fait depuis hier par le Secrétaire américain au Trésor Henry Paulson. En d'autres termes, cela signifie que l'administration Bush renonce à son plan initial de rachat des actifs dits "toxiques" doté de 700 milliards de dollars en faveur des établissements financiers opérant aux Etats-Unis. Un plan qui avait été accepté dans la douleur par les parlementaires en septembre, alors que les marchés financiers étaient complètement déboussolés et s'en remettaient à la puissance publique pour sauver ce qui pouvait encore l'être.




Evidemment, ce revirement n'a pas laissé Wall Street de marbre hier. La place américaine a rechuté lourdement, accompagnée ce matin par les marchés asiatiques. Les actionnaires voient d'un mauvais oeil ce changement de cap, un virage à 180 degrés lit-on dans la presse économique américaine ce matin, car ils craignent que les banques ne soient forcées de faire appel massivement au marché pour compenser la décision de l'Etat. Le fardeau d'Henry Paulson, (ancienne) gloire de la banque d'affaires américaine avant qu'il ne rejoigne l'équipe Bush, n'en finit plus de s'alourdir. Et le sort est cruel. Sous son mandat aux commandes de la première économie du monde, soit en moins de deux ans et demi, le trois-quarts des grandes banques d'affaires de son pays ont disparu en tant que telles, l'Etat Federal a dû "nationaliser" un certain nombre d'institutions, et le capitalisme connaît sa pire crise depuis 70 ans. Il ne manquerait plus qu'une faillite de General Motors avant son départ des affaires en janvier prochain pour que le tableau soit complet.



Alors quelle mouche a donc piqué Henry Paulson et ses équipes hier? "Je ne m'excuserai jamais pour avoir changé de stratégie ou une façon d'appréhender les événements si les faits ont changé", a-t-il expliqué hier lors d'une conférence de presse. Et les faits sont là: le tout-puissant consommateur américain donne de sérieux signes de faiblesse et la vie "réelle" est empoisonnée par les produits toxiques accumulés par les banques, qui ne remplissent plus normalement leurs fonctions basiques de financement de l'économie, occupées qu'elles sont à lutter contre les gouffres qu'elles ont inconsciemment creusé sous leurs pieds. Exit, donc, la stratégie de rachat des actifs risqués des banques et autres établissements financiers. L'administration a cependant déjà utilisé 290 milliards de dollars sur le total du plan initial pour injecter des fonds dans les institutions bancaires et sauver l'assureur AIG, ce qui laisserait un peu plus de 400 milliards de dollars pour les nouveaux objectifs du Secrétaire d'Etat au Trésor.

Ces fonds, qui ne sont pas complètement "débloqués" au sens juridique puisque les parlementaires américains avaient voté un programme de dotation en deux temps (350 milliards initialement, puis 350 milliards par la suite), pourraient d'ailleurs être revus en hausse... ou en baisse! Les modalités du nouveau plan sont en effet mal définies et risquent de poser un sérieux problème en cette phase de transition politique majeure outre-Atlantique. Paulson a cependant constaté l'échec relatif de son plan initial. Injecter des fonds pour racheter des actifs illiquides n'a pas poussé les banques, contrairement à ce qu'il aurait souhaité, à prêter comme avant. "L'illiquidité de ce secteur accroît les coûts et réduit la disponibilité des crédits automobiles, des crédits étudiants et des crédits à la consommation", a-t-il expliqué ajoutant que le nouveau plan est en cours d'élaboration avec la banque centrale du pays, la Fed.

Le Secrétaire au Trésor aimerait également attirer à nouveau les investisseurs privés qui gardent leurs fonds "au chaud" en attendant que la tempête se calme, pour participer à l'effort de relance. Il n'a cependant pas encore indiqué comment il comptait s'y prendre. Les rumeurs évoquant l'entrée au capital d'entreprises financières non bancaires et d'entreprises industrielles pourraient ainsi être fondées. Paulson a expressément évoqué de possibles entrées directes au capital d'institutions financières comme non financières et la nécessité d'éviter des faillites, en s'assurant cependant que les aides concerneront des projets viables sur le long terme. Les cas du secteur automobile, sous le feu des projecteurs, et du soutien à l'immobilier ont également été abordés par le dirigeant, ainsi que le réclament de nombreux parlementaires depuis plusieurs semaines.

Pour l'heure, il est difficile de dire si ce revirement sera porteur. Il faudra évidemment attendre les détails du plan, dont la mise en place pourrait du reste dépendre de l'administration démocrate. Mais en ciblant désormais un réel soutien des consommateurs, Henry Paulson cherche à envoyer un message fort à destination des américains, plutôt que vers les marchés. Un message qui a cependant du mal à passer: à la recherche de certitudes, les financiers ne peuvent qu'être déboussolés par la volte-face. Pour le bureau d'études H & Associés ce matin, l'annonce est "catastrophique sur le fond comme sur la forme", et "se produit au pire moment sachant que la Fed a porté à 1% ses taux à court terme, réduisant à néant ses marges de manoeuvre, et que l'administration est en plein renouvellement, renforçant un peu plus l'idée qu'il n'y a plus de capitaine dans la tempête".

L'essentiel de la première tranche du plan Paulson ayant déjà été utilisé, cette volte face ne peut que peser négativement sur la balance ". En effet le pari de Paulson est risqué car il pèse directement sur le maigre capital confiance que les interventions étatiques mondiales avaient restauré entre établissements bancaires...

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