vendredi 7 novembre 2008

Villepin accuse Sarkozy de "détournement de pouvoir"

Dominique de Villepin a saisi le Conseil d'Etat pour dénoncer un "détournement de pouvoir" de Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'affaire Clearstream, qui met en cause l'ancien Premier ministre français, annonce l'un de ses avocats.
Le procureur de Paris a annoncé le mois dernier le renvoi de Villepin devant le tribunal pour "complicité de dénonciation calomnieuse par abstention" dans cette affaire de faux listings où apparaissait le nom du président français .
L'ancien Premier ministre, qui a modéré récemment ses critiques contre le gouvernement, a contre-attaqué vendredi.
"Il a décidé de saisir le Conseil d'Etat d'un recours pour excès de pouvoir à l'encontre d'un décret, en invoquant un détournement de pouvoir de la part du président de la République", a dit à Reuters son avocat, Yves Richard.
Nicolas Sarkozy, partie civile dans l'affaire Clearstram, a signé le 31 octobre un décret retardant la nomination à Montpellier du juge d'instruction parisien Henri Pons.
Ce juge, qui instruit l'affaire avec Jean-Marie d'Huy, ne prendra ses fonctions dans l'Hérault que le 20 novembre au lieu du 3 novembre. Il pourrait ainsi co-signer l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel des personnes mises en causes dans l'affaire, parmi lesquelles Dominique de Villepin, pour donner plus de poids à cette décision.
"C'est par un décret du 28 août que Monsieur Pons a été nommé à la cour d'appel de Montpellier", rappelle Yves Richard.
"Il y avait déjà une particularité dans ce décret, c'est que Monsieur Pons n'était nommé qu'à compter du 3 novembre alors que pour tous les autres c'était immédiat."
"Sarkozy a deux casquettes, l'une avec laquelle il joue pour maintenir les magistrats en fonction ou les déplacer, une autre où il est personne privée qui va formuler des demandes auprès du dit magistrat", dénonce-t-il.
"C'est un mélange des genres condamnable qui reflète l'instrumentalisation du pouvoir et de la justice", conclut-il.
Le porte-parole de la Garde des Sceaux Guillaume Didier a dit cette semaine au site Mediapart.fr que le juge Henri Pons avait lui-même fait la demande d'une "prolongation de quelques semaines".
Les faux listings Clearstream, société financière du Luxembourg, imputaient la détention de comptes bancaires secrets et des fonds de corruption, à des centaines de personnalités.
Dominique de Villepin, qui aurait souhaité éliminer Nicolas Sarkozy de la présidentielle, est soupçonné par le juge d'instruction d'avoir intrigué pour que les listings soient remis à la mi-2004 par son ami, le vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin, au juge Renaud Van Ruymbeke, afin qu'une enquête menaçante pour son rival soit ouverte.
Plus modéré, le procureur reproche à Dominique de Villepin de "n'avoir pas empêché cette démarche de Jean-Louis Gergorin alors qu'il avait un doute sur l'authenticité des listings".
Le procureur a aussi demandé le renvoi devant le tribunal de Jean-Louis Gergorin, et de trois autres protagonistes, Imad Lahoud, ancien cadre d'EADS, le journaliste Denis Robert et l'ancien consultant Florian Bourges.
Malgré des perquisitions, des expertises et des auditions par dizaines, l'enquête n'a pas fait toute la lumière sur le mobile véritable de cette manipulation.
Imad Lahoud a remis les listes à Jean-Louis Gergorin, qui a alerté son ami Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères puis de l'Intérieur. Dominique de Villepin a commandé en 2004 deux enquêtes, l'une au général Philippe Rondot, l'autre à la DST, qui ont toutes deux conclu à la falsification.
Jean-Louis Gergorin a affirmé aux juges avoir remis sur la suggestion de Dominique de Villepin les listes au juge Van Ruymbeke, par le biais de lettres anonymes. L'ex-Premier ministre nie ces accusations.
(source Reuters)

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