mercredi 5 mars 2008

EADS vs Boeing, l'important, c'est le finish

Ramenez le rêve américain à la maison!" avaient écrit les employés de Boeing, sur une grande affiche, à Everett, le berceau de l’avionneur, dans l’Etat de Washington. Vendredi 29 février, l’US Air Force en a décidé autrement, en attribuant l’un des plus grands contrats militaires de tous les temps à l’européen EADS, associé au géant de l’armement local Northrop Grumman.
En jeu: la fabrication de 179 avions de ravitaillement en vol pour un montant de 40 milliards de dollars. Au passage, les Européens peuvent dire merci à John McCain, le candidat républicain à l’élection présidentielle, sans qui EADS n’aurait sans doute jamais remporté ce contrat. Car, en 2001, lorsque le Pentagone tente d’octroyer le marché à Boeing sans lancer d’appel d’offres, McCain, alors sénateur et membre de la commission de la Défense, proteste "à huis clos". Sa colère franchit vite les cloisons des salles feutrées du Capitole pour atterrir dans les colonnes du Washington Post: une mise en concurrence est lancée, et EADS se met sur les rangs.
Au nez et à la barbe de BoeingPourtant, Boeing gagne le marché en 2003 : il porte sur 100 avions et 23 milliards de dollars. Une victoire de courte durée. Car le contrat débouche sur un scandale de corruption : non seulement Phil Condit, président de Boeing, est contraint à la démission, mais un haut fonctionnaire du Pentagone et un cadre financier de l’avionneur américain terminent en prison. L’accord est annulé, et la compétition, relancée.
Cette fois, EADS va faire la course en tête jusqu’au bout. D’une part, en s’américanisant au maximum, grâce à une alliance avec Northrop Grumman. D’autre part, en prévoyant de fortes retombées sur le plan local : entre les moteurs du futur avion, confiés à General Electric, la partie militaire, réservée à Northrop Grumman, et l’assemblage, prévu dans une nouvelle usine en Alabama, près de la moitié du contenu du futur KC 30 – le nom de l’avion ravitailleur dérivé de l’A 330 – sera réalisé aux Etats-Unis. Enfin, et surtout, EADS a proposé l’offre technique répondant au plus près aux exigences de l’US Air Force.

seuls ont été retenus les critères de performance techniques et, dans une moindre mesure, de prix", détaille un haut fonctionnaire de la Défense américain. Il n’empêche: la victoire au finish "est quand même une divine surprise", confie, à Paris, un proche du dossier, ravi de voir le cours de Bourse d’EADS grimper de 9 % lors de la première séance suivant l’annonce du contrat.

Excellente nouvelle pour EADS, qui souhaite rééquilibrer son activité en faveur de son pôle défense, mais aussi parce que ce contrat témoigne qu’avec une bonne technologie il est possible de vendre sur le marché américain, même avec un euro fort.

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